Pouvait Élisa écrire avec son propre sang? Comment??

(1890 advertisement by Perry & Co.)

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Après notre discussion la semaine dernière au sujet de la lettre sanglante de l’amant d’Élisa, je m’ai posé quelques questions: Est-il possible d’écrire lisiblement avec du sang? Comment? Et si c’est vraiment possible, est-ce qu’on peut supposer que Élisa aurait d’accès aux ressources nécessaires pour écrire comme ça en prison? Bref, oui c’est possible, mais il n’est pas un processus simple.

C’est une vraie lettre? Pourquoi la réécrire?

Tout d’abord, on peut être certaine que la lettre existe et que l’encre originale de la lettre aurait déteint avec le temps. Pendant son voyage au prison, le narrateur remarque que Élisa cache un “morceau de papier” dans ses cheveux (Ch XXXV), et l’encre utilisée par son amant était probablement l’encre au gallo-tannate de fer (iron gall ink en anglais) qui aurait disparu avec le temps pour devenir une couleur brune en raison de l’oxydation du fer. Ainsi, il n’est pas absurde de penser que Élisa pouvait avoir le besoin de préserver cette lettre.

Comment écrire avec son propre sang?

Il faut comprendre que le sang et l’encre ne sont pas la même chose bien sur. Le sang est trop épais pour écrire facilement, et aussi, le sang commence à coaguler le moment qu’il quitte le corps. Il faut diluer le sang avec un anticoagulant (simplement avec de l’eau ou de préférence de l’alcool). Donc, Élisa aurait besoin d’un petit truc (peut être un verre volé de l’atelier) pour contenir et traiter son sang. En plus, le sang peut facilement bouche les mécanismes d’un stylo à plume. Donc, il faut utiliser un porte-plume (dip pen en anglais) qui garde l’encre par la capillarité. Heureusement, le porte-plume était l’instrument d’écriture la plus populaire pendant cet époque grâce à l’industrialisation des pointes en acier (steel nibs en anglais) en 1822. On sait que Élisa avait d’accès aux plumes parce qu’elle écrit beaucoup des lettres en chapitre 42. Je suppose qu’elle pouvait voler un porte-plume discrètement de temps en temps. Cette façon d’écrire avec un porte-plume aussi nécessite souvent du papier buvard (blotting paper en anglais), mais avec le régime auburnien, les prisonnières étaient autorisées d’avoir un Bible, donc Élisa aurait eu beaucoup de papier dans sa cellule solitaire. Enfin, il est préférable de chauffer l’encre du sang pour éviter des bavures et pour faciliter la longévité de l’encre. Peut être Élisa aurait eu une chaudière dans sa chambre? Sinon, cette étape n’est pas nécessaire. Après avoir séché naturellement, le sang devient plus foncé. Parfois, une tache de sang peut avoir la même couleur de l’encre traditionnelle, mais la durée de cette encre du sang dépend des conditions d’humidité, de lumière, etc.

Pourquoi le sang?

Au début, je pensais qu’elle a utilisé le sang parce qu’elle n’avait pas d’accès à l’encre dans sa chambre, mais après avoir relu ce passage ce chapitre 43, je me suis rendu compte qu’elle avait de l’encre pour écrire le mot “mort”:

Ce papier était une lettre écrite avec du sang, à l’exception d’un seul mot, le mot ‘mort’ tracé par une crainte superstitieuse avec de l’encre ordinaire.

Eh bien, pourquoi le sang?? Évidemment, c’était un choix intentionnel. Est-ce que c’est un signe de sa santé mentale qui diminue chaque jour? Ou peut être c’est simplement le sentiment de culpabilité? L’envie de changer le passé? On ne peut pas dire avec de la certitude, mais c’est un bon exemple des détails riches et mystérieux intègrent par Goncourt dans ce roman.

L’encre du sang comme trope

Finalement, pourquoi est-ce qu’on pouvait accepter ce fait si vite sans hésiter? Personnellement quand j’ai lu La fille Élisa pour la première fois, le fait qu’elle avait écrit avec son propre sang ne m’a pas vraiment fait réfléchir. Je crois que c’est a cause du trope d’écrire avec du sang en général. On peut voir ce trope dans la culture populaire d’aujourd’hui (Harry Potter and the Order of the Phoenix, The Chilling Adventures of Sabrina, etc.). Aussi, le concept d’un pacte avec le diable fait par une signature avec du sang dans son livre est une histoire qui existe depuis des siècles, et on peut voir d’innombrables exemples d’une victime de meurtre qui écrit des indices avec le sang pendant qu’il meurt dans la littérature, le film, et la réalité quand même — considère l’affaire Omar Raddad des années 90. En plus, la rumeur court que le marquis de Sade a écrit avec son propre sang pendant qu’il a été emprisonné dans un asile en 1809, et il a écrit son chef-d’œuvre Les Cent Vingt Journées de Sodome en secret dans la Bastille où il l’a caché dans le mur.

Pour conclure, oui on peut écrire avec du sang. C’est une méthode raisonnable? Non, définitivement non. Mais c’est un détail effrayant qui ne manque jamais d’ajouter de l’horreur à une histoire de folie.

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